CP PRESENTE LES NOMINES POUR L’EDITION 2025/2026 DU
« PENINSULA CLASSICS BEST OF THE BEST AWARD »
Traduction du discours de Christian Philippsen présentant les nominés au Peninsula Paris (France), le 26 janvier 2026
C’était une Ferrari traversant les rues de Paris au petit matin.
Chers amis, bonsoir, good evening !
Je suis ravi d’être de nouveau parmi vous, car vous formez un public merveilleux !
Comme la plupart d’entre vous le savent désormais, le prix « Best of the Best » de Peninsula Classics – le « BoB », comme nous l’appelons affectueusement entre nous – est décerné à une voiture ayant remporté le titre de « Best of Show » lors de l’un des concours automobiles plus renommés au monde.
Mais ce que la plupart d’entre vous ignorent probablement, car je ne pense pas l’avoir jamais expliqué, c’est la manière dont nous – en réalité, pas « nous », mais le jury – désignons le lauréat du BoB. Il s’agit d’un système de points assez simple. Chaque juge désigne son premier, son deuxième et son troisième choix.
o La 1ère place rapporte 3 points, la 2ème place 2 points, et la 3ème place 1 point
o La voiture totalisant le nombre de points le plus élevé est déclarée gagnante.
o Les membres fondateurs et le comité d’organisation n’ont pas le droit de vote et nous n’intervenons pas ni n’essayons d’influencer les juges.
o Rétrospectivement, nos lauréats du BoB ont toujours obtenu non seulement le total de points le plus élevé, mais aussi le plus grand nombre de premières places.
Les candidates de ce soir sont les voitures qui ont remporté les concours organisés en 2025, telles qu’elles viennent d’être répertoriées par Gordon.

Mais il manque, comme le chantait Bruce Springsteen et comme l’a annoncé Gordon (McCall), l’Hispano-Suiza de 1924 appartenant à Lee Anderson, de Floride, qui avait remporté le « Best of Show » au Concours d’Élégance de Pebble Beach. Lee Anderson avait déjà vu l’une de ses Duesenberg sélectionnée par le passé, mais cette fois-ci, il s’est retiré en raison d’engagements antérieurs et, je pense, d’une certaine appréhension à l’idée d’emmener la voiture en Europe si elle venait à remporter notre prix, tant la carrosserie en bois signée Nieuport Astra, dont la restauration a nécessité des centaines d’heures, est fragile.
Passons maintenant à nos candidats confirmés, par ordre chronologique.

Et comme il l'aimait !
Clarence Gasque était marié à l'héritière de la fortune Woolworth et aussi le directeur financier de la division britannique de cette chaîne de magasins. Dans une démonstration ostentatoire d'amour et de richesse, il offrit une Rolls-Royce Phantom I à son épouse.

Plus connue sous le nom de « The Phantom of Love », cette voiture fut commandée neuve par Gasque en 1926. Il fit appel au carrossier Charles Clark & Sons pour réaliser la carrosserie de type Brougham, en précisant simplement que le dessin devait s’inspirer du style français (Gasque était d’origine française) – et que le coût n’était pas un obstacle !
À la recherche d’inspiration pour cette commande aux spécifications assez vagues, le carrossier se rendit au Victoria and Albert Museum de Londres.
Le résultat fut l’une des carrosseries les plus magnifiques réalisées, les plus extravagantes et les plus exotiques jamais construites.


La facture atteignit finalement la somme incroyable de 6 500 £, alors que le prix moyen d'une maison au Royaume-Uni était de 500 £.
Malheureusement, Clarence Gasque décéda à peine 18 mois plus tard, et la voiture fut mise en entrepôt.
Appartenant aujourd'hui à Michael Dacre, du Royaume-Uni, elle est restée entièrement d'origine et se présente exactement comme à l'époque où elle était neuve ; elle a remporté le « Best of Show » au Concours of Elegance organisé au palais royal de Hampton Court, en Angleterre.

Oh ! Et voici Mme Gasque…

« Tazio arrive », s'exclame la foule. Par « Tazio », on fait bien sûr référence à Tazio Nuvolari, le champion italien de course automobile des années 1930. Et cela aurait effectivement pu être Tazio Nuvolari qui arrivait au volant de cette Alfa Romeo Tipo B de 1934, mais là, la foule s'est trompée : il s'agissait en réalité d'une voiture identique à la sienne.

Les deux voitures, arborant fièrement l'emblème du cheval cabré, couraient sous les couleurs de la Scuderia Ferrari qui représentait l'usine, car de graves difficultés financières avaient contraint Alfa Romeo à « externaliser » sa division sportive.
« Notre » voiture fut pilotée par des as tels qu'Antonio Brivio, Louis Chiron ou Achille Varzi. Elle prit le départ de 35 courses au cours de la saison 1934 et en remporta pas moins de 18.


La Tipo B, également connue sous le nom de P3, avait été conçue par le brillant Vittorio Jano, qui avait rejoint Alfa Romeo en 1923. Il s’agissait de la première véritable monoplace de Grand Prix au monde. Elle domina les courses au début des années 1930. La voiture était équipée d’un moteur 8 cylindres suralimenté doté de magnifiques pièces de fonderie. Une transmission innovante comprenant un arbre divisé en deux parties avec le siège du pilote au centre améliorait la traction tout en abaissant le centre de gravité et la résistance aérodynamique.
Neuf exemplaires furent construits. Celui-ci, qui fait désormais partie de la collection Autiga en Allemagne, remporta le « Best of Show » au Concorso d’Eleganza Villa d’Este en Italie.

En écoutant les paroles de Marlene Dietrich, on l'imagine aisément en train d'attendre que son amant vienne la chercher à bord de cette Mercedes-Benz. Elle ne savait peut-être pas qu'il s'agissait d'un roadster 500 K Spezial suralimenté, mais elle aurait certainement été impressionnée par ses courbes gracieuses, ses proportions allongées et ses finitions raffinées.

La 500 K, lancée en 1934, fut développée sous la direction de Hans Nibel, ingénieur en chef de la marque. Elle était disponible en différentes versions de carrosserie, la plus rare et la plus extravagante étant l’exclusif Spezial Roadster qui incarne l’élégance intemporelle et le luxe des hautes performances. Elle est considérée comme l’une des voitures de grand tourisme d’avant-guerre par excellence, rivalisant avec l’Alfa Romeo 8C 2900 à une époque où les deux marques se disputaient la suprématie sur les circuits.

Notre exemplaire fut commandé neuf par le prince russe en exil Pavel Alexandrovich Chavchavadze lors du Salon de l’Auto de Paris de 1935. La voiture remporta le Grand Prix d’Honneur au Concours d’Élégance de Cannes l’année suivante, avant de disparaître dans une collection privée.


Elle fait désormais partie de la collection Auriga, originaire d'Allemagne, et remporta le « Best of Show » à Salon Privé, où elle décrocha également le prix de la « Carrosserie la plus exceptionnelle ». Avec l’Alfa Romeo Tipo B que nous venons de voir, Auriga compte donc deux nominés cette année !

J'adore les Mariachis, ils me rappellent tant de merveilleux moments passés à la collection Keller, où ils nous ont divertis. Et voici l'un des nombreux joyaux de cette collection : l'Alfa Romeo 8C 2900 Spider de 1938, carrossée par Stabilimenti Farina. Cette voiture est pratiquement une Tipo B de Grand Prix adaptée à la route. Elle était également une concurrente directe de la Mercedes-Benz 500 K.

La production de la 8C 2900B fut très limitée. Si la plupart des exemplaires étaient équipés d’une carrosserie signée Touring, cela ne convenait pas au premier propriétaire de cette Alfa Romeo, le célèbre pilote de course italien Giuseppe Antonio « Nino » Farina, qui allait devenir le premier Champion du Monde officiel de Formule 1 en 1950 – il y a 75 ans.
Le père de Nino Farina, Giuseppe, avait fondé la carrosserie Stabilimenti Farina le jour de la naissance de son fils, en 1906 ; l’oncle de Nino, Battista « Pinin » Farina, allait quant à lui créer sa propre entreprise en 1930.


Dans un tel contexte familial, Nino Farina, homme d’action et docteur en droit surnommé « le gentleman de Turin », ne pouvait guère s’adresser à une entreprise extérieure à la famille pour habiller sa nouvelle voiture. C’est ainsi que cette 8C 2900 est la seule à avoir jamais été équipée d’une carrosserie Stabilimenti Farina. De plus, elle fut conçue pour lui par son oncle Pinin, bien que ce dernier dirigeât une entreprise concurrente.

De superbes proportions, avec le pare-brise parfaitement centré sur l'empattement.
Cette voiture, présentée par Deborah Castetter Keller, la veuve d'Arturo, remporta le « Best of Show » au concours The Amelia – et c'est fantastique, Deborah, que tu continues à faire vivre cette collection !

Qu'est-ce qui aurait bien pu rapprocher Bentley, une marque britannique bien établie, et Facel Metallon, une entreprise française spécialisée dans la fabrication de pièces d'avion ?
En 1946, Bentley lança la Mark VI, la première Bentley entièrement assemblée et finie dans son usine, mais la marque continua à fournir des châssis roulants en nombre limité à des carrossiers spécialisés.
De l'autre côté de la Manche, en France, Jean Daninos, un homme au goût raffiné propriétaire de Facel Metallon, comprit rapidement après la Seconde Guerre mondiale que l'avenir de son entreprise résidait dans le développement de l'automobile.
En 1948, Daninos et Bentley conclurent un accord. Après la production en petite série d'un premier coupé Bentley baptisé Cresta, Daninos lança en 1951 la Cresta II.

Entièrement conçue par lui, c’était un coupé plus profilé, plus sportif et plus bas. La Cresta II est unique. Après avoir construit un exemplaire pour son épouse, il n’y en eut jamais d’autre. Ce modèle annonçait toutefois l’arrivée de la Facel Vega et la fin de l’« entente cordiale ».

« Les Français, c’est une drôle de race », concluait Marmaduke Thompson, un Anglais qui avait épousé une Française. Marmaduke était le personnage principal du roman Les Carnets du Major Thompson, écrit par nul autre que Pierre Daninos, le frère de Jean.


L'intérieur somptueusement aménagé comprenait des compartiments dédiés aux cocktails et aux produits de beauté, des articles de papeterie et divers autres accessoires.
Présentée par Lukas Hüni, de Suisse, au nom d'une collection privée, la Cresta II remporta le « Best of Show » au concours « Cartier Style & Luxe » dans le cadre du Goodwood Festival of Speed.

« Tu veux jouer à l’Américaine ! », observe Sophia Loren. Aurait-elle croisé cette Ferrari avec sa carrosserie bicolore, ses ailerons et ses nombreuses finitions chromées, ainsi que ses pneus à flancs blancs ?


En juin 1954, Robert Wilke, de Milwaukee, demanda à Enzo Ferrari de lui construire un coupé de compétition destiné à la route. Ferrari lui proposa un châssis de course 375 MM et un moteur V12 Lampredi de 340 chevaux, dérivé de la Formule 1. Wilke fit ensuite appel à Ghia de Turin pour la carrosserie. Ce fut la dernière Ferrari carrossée par Ghia qui, à l'époque, travaillait beaucoup pour Chrysler.
Les premières esquisses furent envoyées, auxquelles Wilke répondit en proposant quelques idées personnelles. La plupart furent rejetées car elles « n'incarnaient pas la personnalité de Ghia ».


D’autres croquis furent envoyés, les plans furent modifiés, les paiements effectués, et le choix s’arrêta finalement sur une carrosserie bicolore unique. Une fois terminée, la voiture fut exposée sur le stand Ghia lors du Salone dell’Automobile annuel de Turin. Elle retourna ensuite à Maranello pour subir de nouveaux ajustements avant d’être renvoyée chez Ghia pour une dernière vérification.
Au fil du temps, une série de télégrammes de plus en plus impatients furent échangés entre Milwaukee et Maranello, allant jusqu’à menacer de poursuites judiciaires.
La Ferrari arriva finalement à New York plus d’un an après avoir été commandée.

Wilke la récupéra immédiatement et la conduisit jusqu'à son domicile à Milwaukee, savourant la puissance et le rugissement du moteur, resté lui bien fidèle à l'esprit Ferrari.
La voiture resta la propriété de Wilke jusqu'à sa mort en 1970. Elle appartient aujourd'hui à Tom et Jill Peck, de Californie, dont l'autre Ferrari, une 750 Sport Monza, fut couronnée par le Peninsula Classics Best of the Best il y a quelques années. Leur 375 MM, présentée à divers concours, remporta de nombreux prix avant d’être élue « Best of Show » au Cavallino Classic de Palm Beach.

« Vincero », je gagnerai, chante Luciano Pavarotti, le ténor originaire de Modène ! La victoire était l’objectif de la Ferrari F50 GT, née en 1996 pour participer aux courses d’endurance GT. Basé sur la F50, produite en série limitée à seulement 349 exemplaires, le projet fut développé en interne par Ferrari avec l’aide de Dallara et de quelques autres sous-traitants. À l’instar de la voiture de série dessinée par Pininfarina, elle présente une structure monocoque en matériaux composites.
D’un point de vue esthétique, les modifications les plus notables sont une prise d’air sur le toit, un aileron différent avec un support central, et un diffuseur arrière.


Elle est équipée d’un moteur V12 de 4,7 litres dont la puissance a été portée à 750 chevaux à 10 500 tr/min. Nettement plus légère que le modèle de série, avec un poids inférieur à 1 000 kg, la GT atteignit des vitesses très impressionnantes à Fiorano, le circuit d’essai de Ferrari.
Aussi prometteur fût-il, le projet fut abandonné après l'assemblage de trois voitures, Ferrari ayant décidé à l'époque de concentrer ses efforts sur la Formule 1. Ferrari accepta de vendre l’exemplaire n° 001 à son propriétaire actuel, Art Zafiropoulo. Des deux autres voitures, l'une est restée à Maranello, et l'autre a rejoint une collection privée au Japon.


Cette Ferrari est régulièrement aperçue lors d’événements automobiles et a suscité un tel engouement que Microsoft a numérisé l’intégralité du véhicule, y compris les sons enregistrés lors d’un test sur banc d’essai, pour créer la série de jeux vidéo Forza Motorsport, dans laquelle la F50 GT est la plus rapide… virtuellement !
Bien qu’elle n’ait pas remporté de victoire sur un circuit réel, 001 décrocha le titre de « Best of Show » à The Quail, a Motorsports Gathering, à la suite duquel plus d’un million de résultats de recherche en ligne furent enregistrés, démontrant ainsi l’impact de ce formidable mariage avec le cadre exceptionnel qu’est le Quail Lodge.
*
Voilà, nos sept nominés. Une grande diversité… et un choix difficile !
Who’s gonna take the Peninsula Classics Best of the Best trophy home tonight? Who’s gonna take it home tonight? Vous le saurez bientôt.
Merci et, comme toujours, selon la devise de notre collègue et membre fondateur Bruce Meyer :
“Never lift!”
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